Témoignages

Publié par PSY

I - Témoignages reçus par le collectif PROTEC ou ses membres


Ces témoignages sont classés selon l'âge d'exposition à la corrida, par ordre croissant.

Les témoignages manuscrits ont été laissés tels quels.

Nous n'avons pas mis en ligne ici les témoignagnes concernant soit des mineurs ayant été durablement choqués par des scènes de corrida vues sur écran, soit des personnes majeures ayant été durablement choquées par des corridas.

Sabine Brels - (4 ans) - témoignage en 2012


Témoignage sur la corrida dans mon enfance

C'était lors de ma plus tendre enfance, à l'âge de 4 ans où l'on s'émerveille des choses les plus belles et se traumatise des plus horribles... et que l'on retient à vie!

Ma mère travaillait alors en tant qu'infirmière avec un chirurgien aficionado - je me demande désormais comment on peut dédier sa vie à vouloir soigner des personnes qui souffrent et demeurer insensible à la souffrance d'autres êtres sensibles. Ma mère était donc conviée en soutien au cas où il arriverait quelque chose au toréro. Pour l'ambiance régnant dans les arènes, celle-ci avait sans doute cru bon de m'emmener avec elle afin de participer au "spectacle". Or, celle-ci avait sans doute omis mon âge de pair avec mon Amour profond pour les animaux que j'ai témoigné depuis toujours... ne supportant pas même que quiconque écrase une araignée et préférant la rendre à la nature en la posant moi-même soigneusement dehors.

L'ambiance était là, c'est sûr ! Une foule en délire criant des "Olés" et se levant pour acclamer les prouesses de l'homme déguisé. Je me rappelle de son costume brillant et de cette cape rouge qui virevoltait au gré de sa bonne volonté, suivi par le taureau qui ne semblait n'être là que pour mettre en valeur ce petit homme que je voyais de loin. L'homme paradait et l'ambiance montait... Puis soudain, des banderilles sont lancées et du sang commence à couler sur le dos du taureau. Je me rappelle alors avoir eu le souffle coupé par cette terrible surprise et avoir senti des sanglots monter dans ma gorge serrée. Je me suis alors collée à ma mère pour lui demander ce qu'il arrivait au taureau. Celle-ci m'a alors répondu spontanément d'un air se voulant rassurant mais à la fois dubitatif en cherchant ses mots que le taureau n'était "pas un vrai" et que ce n'était pas du sang mais de la "confiture", un peu comme dans les films. Pour me redonner le sourire, elle m'encourageait alors à "faire la fête comme tout le monde" et à crier "Olé"! Je lui en ai vraiment voulu par la suite en découvrant la vérité et pour tous ces "Olés" d'encouragement que j'avais pu crier... Je les entends encore avec ma voix de petite fille crédule et abusée... J'en suis maintenant désabusée. Après ma grande colère face au mensonge et à ma révolte face à tant de cruauté, j'éprouve désormais beaucoup de honte pour ma propre espèce.

Je me rappelle encore des chevaux arrivant avec les picadors. J'aimais les chevaux, mais pas les picadors. Je me doutais quand même que ce n'était pas du "bluff" et mon intuition me faisait quand même pressentir une certaine réalité. Je me rappelle aussi de ce profond silence lors de la mise à mort du taureau. Où la foule entière retient son souffle, suspendue à l'ultime estocade du bourreau avant que la victime succombe en tombant sur le sol, enfin libérée de toutes ses souffrances... Et où alors la foule hurle de joie comme si elle-même avait vaincu un grand ennemi !

C'était peut-être la deuxième ou troisième corrida que j'allais voir avec ma mère quand ce qui devait arriver arriva. Le toréro se fit embrocher la jambe. Ma mère me prit alors la main pour se précipiter à l'infirmerie derrière les arènes. Elle retrouva alors le chirurgien pour discuter du cas pendant que j'étais plantée devant eux de dos, bouche-bée devant un spectacle que je n'oublierai jamais... Devant moi, gisaient les corps des taureaux suspendus par les pattes arrières et les bouchers vêtus de leurs costumes de papier blanc, comme des fantômes, déambulaient pour ouvrir le ventre des cadavres qui perdaient devant mes yeux d'enfant leur tripes et tout leur sang. Le traumatisme vécu à été réel. Mes mains et tout mon être tremblent encore d'avoir à revivre ce terrible souvenir...

Réalisant ce que je voyais en se tournant vers moi, ma mère m'a alors caché les yeux en me disant d'une voix sèche: "Ne regarde pas ça!". De là nous sommes sans doute rentrés car je n'ai plus de souvenir. Je me rappelle seulement avoir demandé à ma grand-mère peu de temps après si tout cela était réel et qu'elle m'avait dit "oui".
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Géraldine Mertz - (6 ans) - témoignage en 2007
 

Objet : Témoignage de l’atrocité d’une corrida

Lors d’un séjour en Espagne, durant mon enfance, vers l’âge de 6 ans, j’ai assisté à une corrida. Pour moi, alors enfant, rien que le mot CORRIDA évoquait l’Espagne, le soleil, l’été, la fête, etc...Ce fut ma première et ma dernière corrida.

Cela commençait bien : une grande arène (je ne sais plus le lieu, je pense que nous étions à Barcelone), un temps superbe et une foule immense qui se masse dans les gradins, à même la pierre chauffée par le soleil, ou sur de petits coussins loués pour l’occasion. Tout le monde rit, les gens sont heureux d’être là, moi aussi ! Je profite de l’instant présent, je regarde autour de moi, des Espagnols jeunes et vieux, souvent en famille, dans leurs habits du dimanche, avec une casquette, ou une ombrelle car le soleil tape fort... Une fanfare commence sa musique typiquement espagnole, et tout le monde reprend en choeur leur chant, dans mes souvenirs. De jolies filles entament avec leur castagnettes des danses rigolotes, et mes parents sont ravis de voir que pour une fois, ils nous montrent à ma soeur et à moi, un peu de «culture», une sorte de folklore espagnol, en dehors de la plage et des glaces ou du shopping touristique. Mes parents ne sont pas très «musées» ! donc ils pensaient qu’en nous montrant une corrida, nous allions apprécier le spectacle...quelle grossière erreur...

J’assiste alors à un divertissement qui me refroidira pour le reste de ma vie : la mise à mort d’un animal, dont l’incapacité de s’enfuir, cloitré dans cette arène close, et la compréhension d’une fin proche, le rend agressif envers les hommes à cheval et les hommes se trouvant dans l’arène.

On le fait donc courir dans tous les sens, on le pousse, on le pique, on le harcèle jusqu’à son épuisement.

Et la foule qui hurle, massée autour de moi, des «olé» à qui mieux mieux...

C’est donc ça, une corrida ? hurler de manière insensée, fatiguer un animal, jusqu’à lui enfoncer des piques dans son corps meurtri ? C’est donc ça, une fête, pour certaine personne ? regarder jusqu’à être obnubilé, la mort d’un taureau ? Le taureau s’est effondré sur ses pattes avant, et le coup de grâce est venu, mettant fin à ce carnage. Je n’arrive même pas à trouver un mot plus fort exprimant ma colère, mon impuissance et mon étonnement face à ce spectacle. Tout se mélange, tout le monde hurle de joie, l’animal meurt, et je suis dégoutée.

L’envie de vomir, de me lever pour crier «stop», de sortir de ce guépier, ou d’expliquer à chacun dans cette foule que non, ce n’est pas normal qu’un animal se fasse traiter ainsi... Mais à 6 ans, on se dit que peut-être oui, c’est normal...voyant que personne n’a l’air offusqué !!!!

Je veux sortir de ce lieu maudit. J’en veux à mes parents, qui ne comprennent pas ou font semblant.

Mon père, ancien boucher, reconverti dans l’imprimerie, descend alors les gradins et se dirige vers l’arrière, dans le box destiné aux organisateurs. Nous sortons, ma mère, ma soeur et moi, devant l’arène, dans la rue. Nous voyons alors ressortir mon père qui tient une sorte de mèche de très longs cheveux dans la main, très fier. Il a reçu la «queue» en trophée, qui est d’ailleurs toujours pendu dans la véranda de la maison parentale. A chaque visite chez mes parents, je revois ce trophée qui me glace encore le sang. Des années sont passées, j’ai aujourd’hui 31 ans, mais la vision de ce taureau, mort inutilement, pour égayer le dimanche de quelques touristes et de quelques Espagnols reste encore fraiche dans ma mémoire.

De quel droit m’a-t-on infligé ce spectacle ?

Pense-t-on au bien-être d’un enfant, lorsqu’on l’emmène voir un si triste carnage ?

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Wietse Haak - (6 ans) - témoignage en 2008

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Eduardo Constantino - (6-7 ans) - témoignage en 2007
 

Témoignage sur les atrocités de la corrida.

                             Je suis né en 1948 au Portugal, pays réputé pour ne jamais tuer un taureau dans l’arène et dont on présente souvent la corrida comme une pratique douce comparée à l’Espagne ou à la France.

                             En tant qu’enfant de famille pauvre, je n’avais naturellement pas les moyens d’assister à une corrida. Pourtant à l’âge de six ou sept ans, elle s’est manifestée à moi de la façon la plus cruelle.

                             Je n’habitais pas très loin de l’arène de ma ville de Caldas Da Rainha. Avec quelques camarades de classe, nous nous sommes rendus compte qu’après chaque corrida, des cris montaient, semblant provenir des bâtiments  autour de l’arène. Cela nous inquiétait mais, à cet âge, la curiosité est toujours la plus forte ! Un jour nous nous sommes donc  risqués au- delà de l’enceinte et je ne devais jamais oublier le spectacle qui s’est offert à nos yeux.

                             Les taureaux étant ramenés vivants de l’arène, on procédait à l’enlèvement des banderilles que les picadors  avaient planté dans les chairs. C’était un acte très douloureux et les animaux souffraient horriblement, les banderilles étant enfoncées profondément. J’ai vu ensuite les hommes mettre sur les plaies un liquide qui, pour moi, ressemblait à du vinaigre. La torture infligée aux animaux m’a donné des cauchemars pendant longtemps et je n’ai jamais pu ensuite m’approcher d’une arène.

                             Arrivé à l’âge adulte, j’ai toujours combattu la corrida et refusé de voir un tel spectacle. J’ai surtout appris à mes enfants à respecter les animaux et à leur éviter toute souffrance inutile.

                             Enfin, en tant qu’artiste, je dois dire que  je ne comprends pas  qu’on puisse voir une forme de beauté dans cette morbide séance de torture. Je ne garde que le souvenir d’une boucherie !

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Nicole Parmet - (7 ans) - 2008

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Raoul Moroni – (<10 ans) - témoignage en 2007
 

Au début des années 60 (je n’étais alors qu’un enfant) une corrida avait été organisée à Vallauris en l’honneur de Picasso, pour son anniversaire (alors que cette ville n’a aucun passé taurin).Une arène manuportée avait été assemblée. Mes parents, émigrés italiens, qui ne connaissaient même pas l’existence de ces coutumes, avaient accepté l’invitation de nos voisins espagnols d’assister à ce spectacle.

Lorsqu’ils virent la tournure de la scène, ils se mirent à hurler leur indignation, en même temps qu’ils m’empêchaient de regarder cette barbarie ainsi qu’à mon frère (mon aîné de six ans).Ils lançaient des injures en italien et en français (écorché) tandis qu’ils se faisaient chahuter par les aficionados dérangés. Mon frère me serrait dans ses bras, nous pleurions tandis que nos parents se faisaient pousser vers la sortie : « Silence, ici on torture ».Nous les suivions, sans comprendre ce qu’il se passait.

Malheureusement, la corrida est bien ancrée, telle une tumeur cancéreuse. Il faut continuer notre lutte avec abnégation. Aujourd’hui nous ne sommes qu’une poignée à avoir le courage de vouloir restaurer la dignité humaine mais je n’ai qu’un slogan : « Qui ose vaincra ».

Nous vaincrons car notre lutte est juste et légitime. Cependant n’ayons pas de haine envers les aficionados, mais plutôt de la compassion.

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Raoul Moroni : témoignage manuscrit plus détaillé

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Deanna Martin  - (7-8 ans) - témoignage en 2007
 

je fais ce témoignage avec les tripes

j'ai 62 ans, et le souvenir est inscrit et terrible !

j'avais 7/8 ans je pense. Mon père, homme bon mais primaire, m'a emmenée à une corrida

tant d'années après, le souvenir en est vivace encore, y compris en "images"

du haut de mon âge tendre, trés vite, dès les banderilles et le sang, je fus bouleversée au plus haut point, j'éclatai en sanglots, je ne pouvais supporter cette "injustice" si violente, cette souffrance que je PERCEVAIS, déja je pense que je SAVAIS que cet animal ne COMPRENAIT pas ....

il y eut alors un petit scandale, car je me levai, et, les yeux noyés de larmes et le coeur qui me semblait prêt à, éclater, je hurlai alors "taureau, tue-le ! tue-le ! il est mauvais !!"

je ne pouvais plus m'arrêter de hurler, c'était un TRAUMATISME, je suffoquais,

c'était insurmontable !

nous avons dû quitter l'arène, tant je souffrais et criais...

j'ai mis longtemps à m'en remettre, j'en rêvais ,et le rêve m'a de longues années poursuivie...

c'était extrêmement violent, une sensation énorme d'INJUSTICE ,quelque chose que je ne pourrais jamais oublier, quelque chose qui était un CHOC et j'ai ressenti aussi une colère terrible envers les "humains" présents, et contre mon père

à vrai dire, je ne lui ai jamais pardonné : comment pouvait-il être si obtus, si inconséquent, pour m'avoir amenée regarder cette chose inhumaine ????

la moindre photo de corrida, si édulcorée soit-elle, me remet pratiquement dans le même état ...

j'autorise totalement la reproduction de mon témoignage, mon identité je l'assume

je suis "heureuse" de pouvoir ce jour exprimer ce traumatisme qui m'a suivie

plus de 50 ans... Je souhaite même qu'il fasse le tour du monde...

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Sylvie-Marie Steiner - (8 ans) - témoignage en 2008


J'ai assisté à une seule corrida. J'avais huit ans. En vacances sur l'île de Majorque, mes parents m'avaient emmenée à une corrida dite pour touristes «parce qu'il fallait y aller une fois pour voir ce que c'était ». J'ai passé tout mon temps le visage caché dans les mains. Je n'ai jamais oublié le sang ruisselant sur le dos et les flancs du taureau, l'arrivée du cheval les yeux bandés, la bouche écumante de terreur, et ce taureau qui s'est couché en entrant dans l'arène et qui ne voulait pas combattre.

Ces images de sang et de torture m'ont profondément choquée. Quarante ans après, elles n'ont toujours pas quitté ma mémoire à tel point que lorsque l'on parle de corrida, elles apparaissent soudainement intactes devant mes yeux. Depuis ce jour, je n'ai plus eu qu'une seule idée en tête: me battre pour faire interdire cette barbarie.

Plus tard, j'ai reproché à mes parents de m'avoir emmenée à une corrida et d'avoir, de ce fait, alimenté financièrement la tauromachie. A la réflexion, ils ont été abusés par la publicité qu'on en faisait à la réception de l'hôtel où l'on allait jusqu'à vendre des affiches de corrida sur lesquelles le nom du torero était remplacé par le nom du touriste. Certains touristes, répétaient à la ronde que les corridas de Palma n'avaient rien à voir avec de vraies corridas telles qu'on les voyait en Espagne. En réalité, c'était l'ambiance qui en faisait de « fausses » corridas : en effet, les gradins étaient en majorité occupés par des touristes horrifiés par ce qu'ils voyaient. Je me souviens de mon voisin de gradin, un britannique (adulte), qui était aussi blême que moi.

Je souhaite de tout mon cœur que l'on interdise le plus vite possible ces spectacles de sang.

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Helena Allué - (8 ans) - témoignage en 2008


En el verano de 1948, yo tenía 8 años y estaba veraneando con mi abuela en un pueblo de Aragón llamado Graus, en la provincia de Huesca. Se celebraban las fiestas populares y a mi abuela la invitaron a un balcón en la Plaza Mayor para presenciar una corrida de toros. Ella me llevó allí como la cosa más natural del mundo. Cuando vi que al toro le clavaban las banderillas empecé a llorar y a decirle a mi abuela que quería irme. Entonces a los niños no se les hacía ni caso y tuve que aguantar como un torero zafio, harto de intentar inutilmente matar al toro, el pobre animal acabó muerto a tiros por la Guardia Civil. Es la experiencia más traumática de mi infancia, jamás he vuelto a ir a ninguna corrida. Todavía me parece oir el griterío de la gente en aquella maldita plaza. No hay que decir que tampoco he vuelto a ese pueblo. Y eso que tenía parientes. Esta es mi experiencia.

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Lors de l'été 1948, j'avais 8 ans et je passais l'été avec ma grand-mère dans une ville d'Aragon appelée Graus, dans la province de Huesca. Des fêtes populaires étaient pratiquées et ma grand-mère était invitée sur un balcon de la Grande Arène pour assister à une corrida. Elle m'y a emmené comme la chose la plus naturelle du monde. Quand j'ai vu que les banderilles étaient clouées dans le taureau, je me suis mise à pleurer et j'ai dit à ma grand-mère que je voulais partir. Ensuite, on ne prêtait aucune aucune attention aux enfants et j'ai dû tenir le coup comme un torero brutal, fatigué d'essayer vainement de tuer le taureau, le pauvre animal ayant fini par être abattu par la Garde civile. C'est l'expérience la plus traumatisante de mon enfance, je ne suis plus jamais allée à une corrida. Il me semble encore entendre les cris des gens dans cette maudite arène. Inutile de dire que je ne suis pas retournée dans cette ville non plus. Ni ce qui était semblable. C'est mon expérience.

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Nathalie Pereira - (8/9 ans) - témoignage en 2011

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Jean-Paul Richier - (9-10 ans puis 12-13 ans) - témoignage en 2007
 

Je rapporte ici mes souvenirs d'enfance concernant les corridas.

 A 9-10 ans.

Vacances d'été : mes parents et moi à l'hôtel, ça devait être à Dax, mon père fréquentait des soins thermaux pour des problèmes de dos. Un beau jour mon père m'emmène à une corrida. Ma mère reste à l'hôtel car fatiguée.

Je suis impressionné par l'ambiance, soleil, foule, défilé, paso doble. Je suis éberlué quand le taureau commence à saigner sous les piques, je ne comprends pas ce qui se passe, ce qu'ils font avec les chevaux. J'ai peur pour les chevaux. Puis je ne comprends pas pourquoi on plante des banderilles, je ne comprends pas comment elles restent accrochées. La foule est hilare, vibre de "ole" sonores, mon père rayonne. Déréalisation. J'ai peur pour les planteurs de banderilles. Puis vient le matador avec la muleta. Mon père me dit qu'il va tuer le taureau. Je n'en crois pas mes oreilles. Jeux de muleta ponctués de "ole". Puis il va je crois planter l'épée plusieurs fois, les pattes avant du taureau s'affaissent, du sang sort de son museau. Je suis estomaqué. Le taureau s'agite sur le sol, des toreros s'affairent autour de lui, je ne sais pas ce qu'ils font. Puis le taureau est trainé dans la poussière hors de l'arène. Je demande à mon père s'il est mort, il se marre. Et ça va recommencer avec d'autres taureaux. La musique est trop forte. Le soleil est trop fort. Mon père a l'air tellement content que je n'ose pas protester.

Je garderai ces images des jours, durant tout le séjour, peut-être même après. Je me dis que dans un endroit de cette ville il y a un endroit plutôt spécial, incompréhensible, et des gens plutôt spéciaux. Un peu plus tard, mon père veut m'emmener à une autre corrida. Je n'ose pas lui dire que ça ne me plaît pas, je lui dis que ça me fait peur, il rigole. Ma mère me garde avec elle pendant qu'il va à la corrida. Je comprendrai que ce n'est pas parce qu'elle est fatiguée qu'elle n'accompagne pas mon père, mais parce qu'elle n'aime pas ça. Ouf, je l'ai échappé belle ! Elle me dira que j'avais le sommeil agité les nuits qui ont suivi la corrida.

Je vais me méfier de mon père pendant pas mal de temps. Il y a quelque chose que je ne comprenais plus chez lui. Bizarrement, plus il était gai, plus j'étais sur le qui-vive. D'ailleurs je ne sais pas si par la suite j'ai jamais pu le regarder comme avant.

 

A 12-13 ans.

Séjour linguistique dans le León, dans le Nord de l'Espagne, nous sommes un groupe d'élèves de mon école catholique encadré par un "frère" prof d'espagnol. Un beau jour il nous emmène à une corrida. Je ne suis pas chaud, mais je n'ai pas le choix. Durant le spectacle, je ne regarde pas les scènes sanglantes, je proteste, je demande à sortir. A l'angoisse se mêle cette fois l'indignation. En guise d'explications sur l'art tauromachique, l'homme de Dieu me fera payer mon attitude par des manières d'agacement et des remarques répétées durant le reste du séjour.

 Par la suite je n’ai naturellement plus vu de corridas que sous forme d’extraits télévisuels ou vidéo. Ou de séquences d'amateur tournées par mon père.

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Nathalie Karsenti - (10 ans) - témoignage en 2007
 

"Je me trouvais en vacances en Espagne (à Salou) avec mes parents et mes 2 frères. J'étais alors âgée de 10 ans. Je tiens à préciser que mes parents sont des gens formidables. Ils ont toujours aimé et respecté les animaux. A la maison, nous avions notamment la passion des chats. Passion qui m'est restée.

Lorsque ma mère a souhaité aller voir un spectacle de corrida, je me souviens très bien que pour elle, cela allait être un spectacle de danse avec, en plus, un magnifique taureau à regarder. Mais à aucun moment, elle ne s'est doutée qu'il s'agirait de la destruction barbare et lente d'un animal totalement effrayé.

Mes parents, en effet, ne savaient absolument pas ce qu' était la corrida. Mais dans leur inconscient collectif cela se rattachait à quelque chose de joyeux, de très festif.

 Ce que j'ai vu du haut de mes 10 ans, est à jamais gravé dans ma mémoire.

J'ai vu un taureau totalement apeuré, perdu, sans plus aucun repère. Il fonçait maladroitement dans les parois de l'arène, comme pour s'échapper.

Comme il s'agissait d'une petite arène, je me rappelle très vivement du regard du taureau.

Et je peux vous assurer  que dans ses yeux se lisait la peur, le peur de souffrir, la peur de mourir. Enfant, je n'avais jamais été, de toute ma petite vie,  confrontée à un regard aussi fort, aussi chargé.

Je regardais autour de moi une foule en délire. Et je me souviens très bien de la honte que j'ai ressentie d'appartenir à cette race humaine dénuée de compassion, d'humanité. J'aurai voulu rejoindre le taureau sur la piste, l'aider, j'avais envie de crier et de dire "taisez vous, vous êtes des monstres, laissez- le, il ne vous a rien fait" Mais je me sentais atrocement impuissante.

Et le taureau s'est mis à uriner. Puis il s'est assis, sans plus bouger.

Alors, les picadors se sont mis à le piquer brutalement pour qu'il se lève, pour qu'il se batte. Mais il ne voulait pas se battre.

A cet instant, mes parents se sont  levés et nous sommes tous partis.

 Je me souviens de ma mère disant " c'est affreux, je ne m'attendais pas à ça".

Vous constaterez que je n'ai pas vu le sang du taureau gicler nous sommes parti avant, fort heureusement, mais j'ai vu sa peur de mourir, son envie de fuir.  J'ai lu dans ses yeux "pourquoi" "aidez-moi". Et son regard reste à jamais gravé dans ma mémoire."

La corrida, pour moi, est un jeu indigne et pervers : c'est essayer de dérouter et d' exciter un animal sans défense  dans le but de justifier les tortures qu'on va lui infliger". 

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Chloe Preham - (10 ans) - témoignage en 2012
 

En cette belle journée d'été, baignée par le soleil du sud, j'étais loin d'imaginer que ma vie allait changer à jamais. C'est à l'age de 10 ans que j'ai assisté à ma première et  dernière corrida. L’enthousiasme des gens du coin pour ce spectacle qu'ils décrivaient en des termes élogieux m'avait rendue curieuse, une curiosité naive, enfantine, que j'allais bientôt regretter.

On m'avait conseillé une novillada, c'est-à-dire une corrida sur de jeunes taureaux, pour ne pas dire veaux. C'était apparament une bonne initiation, m'avait-on dit. Entourée par un public surexcité, je me laisse d'abord duper par la musique ennivrante, les costumes 
pailletés aux couleurs éclatantes, la fabuleuse hypocrisie de ce spectacle de la mort codifié.
Rien ne laisse imaginer l'horreur de ce qui suit.

Car il s'agit bien d'horreur, et non pas d'art! Le premier taureau entre dans l'arène, et très rapidement, mon sourire se dissipe. La bête semble apeurée, cherche déséspéremment une issue. C'est alors que la lente agonie de l'animal commence, se déroule sous mon regard impuissant. On lui perce la chair à plusieurs reprises, d'abord avec une longue lance, puis avec de multiples petites, le sang coule le long de ses pattes, son dos est couleur écarlate, et une seule question me vient en tête: mais pourquoi fait-on cela? Pourtant, le massacre continue, le public semblent ravi, et je reste là, muette d'incompréhension. 
Suis-je normale de n'avoir qu'une envie, celle que le sang cesse de couler, que l'on se précipite pour panser les blessures de l'animal?

Puis, la phase finale arrive, et je ne pensais pas qu'il existait pire à ce que j'avais déjà vu. Comble de l'horreur, l'ignoble boucher ne parvient pas à tuer l'animal qui meugle, appelle à l'aide, mais est bel et bien seul face à son destin tragique, celui de mourir entre les mains de sadiques. Un, deux, trois, quatre, cinq coup d'épés, n'y tenant plus, 
je quitte l'arène en pleurs, sous le regard presque désolée de quelques amateurs qui semblent déçus que je n'apprécie pas leur passion. Je ne saurais donc jamais combien il fallut de coups de poignards pour achever ce corps mutilé.

Et l'on appelle ça de l'amour, du respect, de l'art? On ne m'a jamais enseigné l'amour et le respect de cette manière, simplement parce que l'amour et le respect n'ont rien à voir avec le sang, la souffrance, le sadisme et l'agonie. Honte aux parents qui enseignent à leurs enfants qu'il est plaisant de se délécter de la mort d'un animal. Honte à l'homme pourtant civilisé qui déclare légale la torture délibérée d'un animal au nom de la tradition.
Ghandi nous disait que "l'on juge de la valeur d'une nation à la manière dont elle traite ces animaux". Il est temps que la France retrouve son honneur: la corrida doit être abolie, le spectacle de l'horreur a assez duré.
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Marie-Christine Claverie-Degasches - 12 ans - témoignage en 2008

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Emmanuelle Grossetti - (12 ans) -  témoignage en 2007

C'était en Arles, j'avais 12 ans.

Ma demi-soeur était pigiste pour un journal local pro-corrida à l'époque.

Elle était aussi aux beaux arts et s'essayait en peinture sur le sujet.

Donc, c'est avec confiance et curiosité que je l'accompagnais lors d'une Corrida au sein des arênes.

 Nous étions dans les gradins et j'ai suivi de prés le déroulement à l'aide de jumelles car je désirais vraiment VOIR. Sans les jumelles, cela aurait fait vraiment trop loin..

 J'étais donc très PROCHE et j'ai regardé, regardé...jusqu'à ce que mes pleurs ne puissent plus me permettre de tenir ces jumelles.

 J'ai été  vite prise de dégout, de profonde tristesse, de sentiment d'injustice devant cette infamie.

J'avais l'impression d'assister à une scène de viol collectif. Je ne comprenait pas pourquoi tant de hargne de cris, pourquoi tant d'entêtement à vouloir torturer un animal...

Je pleurais de rage et de désespoir.. et de honte de voir qu'à côté de moi, des hommes en transe, hurlaient et injuriaient à tout va.

C'est ce dont je me souviens, j'avais 12 ans et c'était ma première Corrida. Evidemment la dernière.

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Dominique Joron - (12-13 ans) - témoignage en 2007
 

Si le témoignage d'un militant peut vous être utile voici le mien. Je vous demande cela puisque les esprits chagrins pourront répondre que provenant d'un militant, il manque d'objectivité ! J'ai vu trois corridas. J'emploie ici un terme un peu générique puisque pour les deux dernières il s'agissait de novilladas.

J'ai vu "ma" première corrida vers 12 ou 13 ans dans les arènes de Bayonne alors que j'étais en vacances avec mes parents. Nous habitions en Champagne mais la corrida ne nous était pas étrangère puisque ma mère vouait une passion de "midinette" pour le beau Cordobès ! C'est sur les conseils d'un ami espagnol de ma mère que nous y avons été (ce monsieur n'étant pas présent par contre !) Nous étions placés assez haut dans les gradins si bien que qu'hommes et animaux paraissaient minuscules. Et pourtant sans même bien voir dans le détail, le drame qui se jouait en bas me semblait inconcevable, voire répugnant.

Après avoir admiré, je dois le dire, les premières passes de cape quand fougueux le taureau sort du toril, je fus révolté quand le picador piqua le taureau. D'ailleurs la foule se mit à le huer, à le siffler avec véhémence et j'en fis autant, croyant à l'époque qu'elle réagissait comme moi à l'acte de cruauté dont elle venait d'être témoin. C'est donc beaucoup plus tard que je compris la raison de cette protestation. Mon souvenir d'alors resta marqué par le premier tiers de la corrida.

Il faut dire que mes protestations n'étaient pas du goût de ma mère qui me dit d'arrêter de me faire remarquer, l'ambiance au sein de la cellule familiale devint très mauvaise ce jour là. Étonné par la réaction de ma mère, je fis une sorte de blocage et j'avoue ne pas avoir de souvenir du reste du spectacle. Peut-être ai-je baissé les yeux pour ne pas le voir ou bien pour bouder ? C'est sans doute pour répondre à un mal être que ma mère a réagi ainsi contre moi. Pour la petite histoire, je n'ai pas mis longtemps à la convaincre de devenir anticorrida des années plus tard quand je fus moi-même militant et que je lui exposais certains arguments.

Il se passa des années avant que l'occasion me fut donnée de voir ma seconde corrida ou plus précisément une novillada pour les besoins de la cause. En effet militant anticorrida, c'est en compagnie d'autres militants que j'accompagnais un huissier pour constater les actes de cruauté ; Rieumes en ce temps là n'avait pas encore son label de ville de torture taurine. A l'inverse de Bayonne, l'arène était petite. On avait l'impression de pouvoir toucher le taureau tant on voyait bien et pourtant je me situais à peu près au milieu. Et ce qu'il était permis de voir dépassait l'entendement.

Du sang jaillissant en bouillon et coulant avec abondance le long des flancs des animaux au fur et à mesure que les armes le blessaient. Visiblement, il ne pouvait s'agir d'une simple coupure minime et sans gravité comme le prétendent les taurins. Même si, effectivement, le taureau n'est pas forcément expressif dans sa souffrance, il est indéniable qu'il souffre. Il se tortille pour se débarrasser en vain des banderilles. Il est considérablement affaibli par les piques, je dirais même groggy. Je n'ai vu que 5 taureaux sur 6 mais l'image est à chaque fois la même. Un taureau vigoureux qui entre dans l'arène, plein d'élan, de vivacité, courant partout. Après le "châtiment de la pique " comme ils disent ; il devient une ombre ; presque invalide, répondant difficilement aux appels de son bourreau.

Nier sa souffrance est ici une injure tant cela paraît inconcevable qu'il ne puisse pas souffrir. Et quand les taurins se cachent derrière cette montée d'adrénaline qui ne le ferait pas souffrir, je crie à l'insupportable. Parce que j'aimerais bien que l'on prouve qu'effectivement au combat le boxeur n'éprouve pas de douleur aux coups reçus et parce que, si cela est réel (j'ai fait un peu de boxe, obligé par l'école, étant enfant et les coups reçus m'ont bien fait mal !!) et parce que le taureau n'est pas comme l'homme dans une logique de combat mais qu'il répond à une agression. Avec cette hypothèse fumeuse, les femmes ne devraient donc pas souffrir dans leurs chairs au moment d'agressions ! Le soldat agonisant, les membres déchiquetés, les entrailles à l'air sur un champ de bataille devrait sourire au lieu de hurler puisque le combat anhile toutes douleurs !! De qui se moque-t-on !!

Enfin, pour revenir à cette novillada, je souhaiterais revenir sur un point qui m'a aussi particulièrement choqué : les mises à mort. Non pas la mise à mort en elle-même qui devient nécessaire pour abréger les souffrances de l'animal supplicié même si les images encore si proches de ce bel animal en pleine forme qui ne méritait en aucun cas de mourir dans ces conditions et si jeunes rendent la scène encore plus injuste. J'ai été impressionné à ce moment là par la foule en liesse, applaudissant, trépignant en cadence, accompagnant le taureau dans l'agonie qui le conduira à la mort. Les applaudissements redoublent quand il vacille, posant genoux à terre. Comment peut-on applaudir un être qui meure, comment ne pas être horrifié par ce qui se passe sur le sable des arènes et dans les gradins. A quelle civilisation appartiennent ces êtres dépourvus de la moindre compassion, ignorant même la pitié ? Qu'ont-ils encore d'humain ? J'en fus profondément ébranlé et la vue de ces taureaux ensanglantés, torturés, ces dépouilles traînées par des chevaux d'arrastre ou pendues au godet d'un tracto-pelle ont perturbé pendant longtemps mes nuits et c'est bien à eux que je pensais quand la lassitude de la lutte m'envahissait.

J'espère que mon témoignage vous sera utile.

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Marie-Dominique Démaret - (13 ans) - témoignage en 2007
 

En 1965, j'avais 13 ans et j'étais élève au collège de Sainte-Foy-la Grande, près de Bordeaux. Mes parents m'avaient inscrite pour un séjour linguistique et culturel à Madrid, pendant la durée des vacances de Pâques. Assister à une corrida faisait tout naturellement partie du programme. Je me souviens que dès la lecture du fameux programme, devoir impérativement assister à une corrida me parut une chose insurmontable ! Je l'ai exprimé, et n'ai été entendue ni de mes parents, ni du professeur d'espagnol, ni d’aucun adulte. Cette obligation  a été pour moi un sujet d'angoisse avant le voyage, puis pendant toute la partie qui a précédé la corrida. Le jour J. j'ai été traînée de force dans les arènes. Je n'ai pas oublié l'atmosphère malsaine, sadique, qui y régnait, qui me révulsait, et les ruses que j'ai imaginées pour fuir ce lieu de mort sans être vue de l'adulte responsable du groupe, (ce que j'ai réussi facilement tant cet adulte a oublié ses responsabilités une fois installé dans les arènes!). Je me souviens de l'après-midi passée à tourner autour de Las Ventas en me bouchant les oreilles pour ne pas entendre les mugissement des taureaux, avec en écho, la joie exprimée de ceux qui n'étaient alors plus pour moi des humains, de l'atmosphère glauque qui régnait même à l’extérieur, du sentiment de rage, d'impuissance et de néant que j'avais dans le cœur. A partir de ce jour là, le monde des adultes n'a plus été le même pour moi, j'ai mis du temps à dépasser cette violence qui m'avait été faite, mon refus à assister à la torture et la mise à mort publique d’un animal ayant été considéré comme un vulgaire caprice!  Aujourd'hui,  je me dis que si les arènes avaient été interdites au moins de 16 ans, cela aurait changé quelque chose pour moi!!! Je ne peux pas dire que j'ai complètement assisté à la corrida, mais l’atmosphère qui régnait dans, et aux abords, des arènes de Madrid .en ce jour d’avril 1965 m’en a dissuadée pour toujours. Depuis, je plains vraiment les enfants qui n'ont pas la chance que j'ai eu de pouvoir déjouer l’attention des adultes pour se sauver des arènes...!!!

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Alain Salvador - (14 ans) - témoignage en 2021
 

J'ai à ce jour 71 ans, je suis né le 24/02/1950.

Mes parents ne pouvant pas s'occuper de moi, j'ai passé ma jeunesse en pension à Nîmes.

En 1964 j'étais pensionnaire à Samuel Vincent à Nîmes. Cette pension n'avait pas de salles de classes et nous sortions pour aller en cours.

A cette époque, nous avions un surveillant qui faisait du culturisme et j'allais souvent à la salle qui se situait sur le Bd Amiral Courbet.

Ce surveillant s'était pris d'amitié à mon égard et lors de la Féria de pentecôte, il avait pu obtenir des places pour assister à une corrida.

Les taureaux et le faste qui entoure cela me fascinait à cette époque. La fête, les musiques (les bandas), les couleurs de la Féria, les lâcher de taureaux dans les rues était attirants pour un jeune de mon âge.

Je n'avais jamais assisté à une corrida et j'avoue que l'entrée, les couleurs, les musiques me donnaient envie de voir cela. J'ai donc dit d'accord (en plus ça ne me coutait rien).

Au début j'ai fait comme tout le monde. A chaque passe je criais « olé », mais je n'avais pas pensé au final....

Le picador d'abord qui a charcuté cette pauvre bête en y allant à plusieurs reprises pour lui planter sa pique, jusqu'à ce que les afficionados finissent par le siffler et par le faire sortir sous les huées.

Déjà pour les banderilles, j'avais dit à mon surveillant que cela me faisait mal au coeur et il m'avait soutenu que l'épaisseur de la peau du taureau fait qu'il ne ressentait pratiquement rien.

Puis arriva le final, le « boucher » qui faisait office de toréador y est allé à 12 reprise il plantait son épée au mauvais endroit et il le ressortait et il recommençait...

Je me suis mis à pleurer, tellement je voyais cette pauvre bête souffrir, une fois à terre il a fallu que ce soit une autre personne qui vienne mettre fin à la vie de ce pauvre animal...

Je ne pouvais plus retenir mes larmes. Je crois même que j'ai crié...

Il y a presque 60 ans de cela et je ne me souviens que de très loin du visage de mon surveillant, mais en revanche, je revois toujours ce pauvre animal se faire charcuter et à chaque fois que j'entends le mot corrida, je ne peux m'empêcher de penser à cette triste journée.

Cette corrida a été ma première et ma dernière.

J'espère que ce modeste témoignage aidera la cause « anti corrida ».

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Chiara Testi - (16 ans) - témoignage en 2008
 

Mi chiamo Chiara Testi, abito in San Gemignano di Moriano Lucca, Italia. Vorrei segnalare che all'età di sedici anni e cioè nel 1987 (sono nata a Pisa il 24/6/1971), mi sono recata in Agosto in gita a Madrid e nell'occasione ho partecipato ad una corrida. Ne sono rimasta traumatizzata e sono uscita prima della fine scoppiando in lacrime.La scena è stata straziante.Mi sentivo impotente e pregavo che il torero venisse incornato. Ancora oggi sono molto felice quando leggo che un torero è stato incornato ed è morto.

Grazie

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Je m'appelle Chiara Testi, j'habite à San Gemignano di Moriano, Lucca, en Italie. Je voudrais signaler qu'à l'âge de 16 ans, c'est-à-dire en 1987 (je suis née à Pise le 24/06/1971), en août à l'occasion d’un voyage à Madrid, j'ai assisté à une corrida. J'ai été traumatisée et je suis partie avant la fin en éclatant en sanglots. La scène était déchirante. Je me sentais impuissante et j'ai prié pour que le torero soit encorné. Aujourd'hui encore, je suis très heureuse quand je lis qu'un torero a été encorné et est mort.

Merci

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Alain Grépinet - (16 ans) - témoignage en 2019
 

C’était pendant l’été de 1960 ; j’avais 16 ans ; et je passais des vacances en famille à Chiberta, sur la commune d’Anglet, entre Bayonne et Biarritz, où mes parents avaient une villa ; […]

Mon père avait envie d’assister à une corrida et il emmena donc toute la famille aux arènes de Bayonne, sans nous demander si ça nous plairait…

C’est ainsi que j’ai assisté à la 1ère corrida que j’ai évoquée dans ma Lettre ouverte ; j’en ai été longtemps traumatisé et j’y repense souvent…

Toute la famille n’a pas aimé du tout, car nous avions des animaux de compagnie (chien et chats) et nous avons toujours aimé les animaux ;

Spectacle cruel, avilissant ; combat inégal ; incitation à se réjouir à la vue du sang et des souffrances évidentes des taureaux, au prétexte d’une tradition locale et ancestrale (ce qui, en réalité, est faux).

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Claire Nakao-Petijean - (16/17 ans) - témoignage en 2008
 

Vers 16/17 ans, je suis partie avec un groupe de jeunes filles en camp à Pampelune et nous avons eu l'occasion d'aller voir une corrida. Déjà horrifiée à l'avance par la vue du sang et devant une souffrance animale contre laquelle je ne pouvais rien, j'y suis allée bon gré mal gré et suis ressortie après que le premier taureau fut exécuté. Epouvantée, je n'osais regarder, mettant mes mains devant mon visage pour ne regarder que des bribes. C'était insoutenable. J'étais horrifiée par les cris d'encouragement aux toréadors alors qu'un animal allait être sacrifié pour le pur plaisir de ces sanguinaires ! J'aurais tellement voulu pouvoir sauver cette bête mais que pouvais-je seule face à cette foule rugissante !? J'étais aussi très inquiète pour le cheval et craignais qu'il ne soit blessé par le taureau. J'avais l'impression d'assister à un spectacle moyenâgeux comme c'était la tradition chez les Romains.

Incapable de rester plus longtemps devant un tel spectacle, je suis sortie écoeurée, abattue, impuissante, remplie de haine vis-à-vis de cette foule et de tous les acteurs de ce soi-disant spectacle. Je ne suis plus jamais rentrée dans une arène ni n'ai regardé un tel spectacle même sur le petit écran !!!

Quant aux toréadors, je n'éprouve aucune compassion pour ceux qui sont blessés; ils n'ont que ce qu'ils méritent ! Par contre, j'estime inadmissible que l'on expose les chevaux .

Par contre, j'ai trouvé amusant les courses de vaches landaises sur le front desquelles il faut planter une cocarde et ouverte à tous. Au moins, on ne leur fait pas de mal.

Pourquoi ne pas transformer les corridas en ce type de jeu inoffensif et auquel tout le monde peut s'adonner ?!

C'était mon témoignage. Merci.

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Nathalie Valentin - (17 ans) - témoignage en 2007
 

J'habite à Nîmes et j'ai assisté à une corrida, du moins au dernier taureau, quand j'avais 17 ans; je voulais tout simplement me rendre compte par moi même que ce qu'était réellement la corrida; je précise que n'ai eu aucun mal a rentré dans les arènes. J'étais seule. je peux vous dire que très vite je n'ai pas compris pourquoi les gens se ruaient pour aller voir ça. Cela m'a avant tout inspiré beaucoup de pitié quand j'ai vu l'animal commençant à fléchir sur ces pattes, la gueule ouverte, je me souviens qu'il ne cessait de prendre appui sur les parois, et puis ce m'a choqué c'est le silence qui régnait autour de cette bête à bout de force et tout ces gens qui regardaient... je vous avouerais que je n'ai pas eu le courage d'attendre la fin, c'est à dire la mise à mort, ce spectacle était déjà bien pitoyable dans mes yeux de 17 ans; en tout cas j'ai le souvenir d'avoir vu rentrer dans l'arène un animal magnifique qui en l'espace de 10mn est devenu littéralement une loque pissant son sang. J'ai trouvé ce spectacle ignoble. Je n'ai pas compris pourquoi des gens prenaient plaisir à regarder ça et ne le comprend toujours pas d'ailleurs.

Je pense que c'est un devoir qu'une loi soit votée pour interdire les enfants à ce genre de spectacle; tout simplement car un large public est mal informé, la preuve, dans les médias, on ne montre que l'aspect présentable avec couleurs, fanfares..., en l'occurrence les passes avec la cape; le reste est complètement mis de côté: les coups de piques puis surtout la mise à mort qui dépend seulement du savoir-faire du matador, si celui-ci est mauvais (ce qui ne manque pas à l'appel!) la fin du "spectacle" est un véritable carnage, coup d'épée (desbello) à répétition sans parlé des coups de poignard (puntilla) lacérant le cerveau de manière répétée également, de l'acharnement pur et simple, c'est l'horreur absolue. C'est pourquoi nous ne pouvons prendre le risque de laisser des enfants assister à ça.

Mon point de vue : la mise à mort d'un être que l'on donne en spectacle va à l'encontre du respect de la vie.

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Nathalie Valentin : témoignage manuscrit plus détaillé

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Marius Donker - (17 ans) - témoignage en 2008

Herewith I send you my personal experiences of bullfighting :

A son of a former friend of mine I knew around 1992 has cried for days after seeing a bullfight on TV when he was six years of age. He did not even attend a live bullfight to get traumatized !

Around 1960, as a child of 17 years on a holiday, I went to a regional cultural "fiesta" in Barcelona expecting some festive show but was stunned and sickened by the lethal violence performed on multiple bulls. Most revealing and disturbing was my first confrontation with the unhealthy combination of violence and joy, that I define as sadistic behaviour. It is most alarming that the festive setting of bullfights creates acceptance and even heroic feelings towards torture and killing. If parents breed their children in such an environment, their feelings for their parents and animal life are warped or blunted.

In fact bullfights and related bizarre atrocities on bulls are religious inspired games with the sole purpose of torturing an animal to death. I have no idea what bulls have done to mankind to deserve this ferocious revenge. I see no shred of humanity reflected in the sequence of the acts leading to the death' of a bull. Exemplary virtues of bullfights ? Let the "aficionados" just name me one!

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Ci-joint je vous envoie mes expériences personnelles de corrida :

Le fils d'un ancien ami que j'ai connu vers 1992 a pleuré pendant des jours après avoir vu une corrida à la télévision alors qu'il avait six ans. Il n'a même pas assisté à une corrida en direct pour être traumatisé !

Vers 1960, enfant de 17 ans en vacances, je suis allé à une "fiesta" culturelle régionale à Barcelone dans l'attente d'un spectacle festif, mais j'ai été stupéfait et écoeuré par la violence mortelle exercée sur plusieurs taureaux. Le plus révélateur et troublant a été ma première confrontation avec la combinaison malsaine de violence et de joie, que je définis comme un comportement sadique. Il est très alarmant de constater que le cadre festif des corridas crée une acceptation et même des sentiments héroïques envers la torture et la tuerie. Si les parents élèvent leurs enfants dans un tel environnement, leurs sentiments pour leurs parents et la vie animale sont déformés ou émoussés.

En fait, les corridas et les étranges atrocités associées sur les taureaux sont des jeux d'inspiration religieuse dans le seul but de torturer un animal à mort. Je n'ai aucune idée de ce que les taureaux ont fait à l'humanité pour mériter cette vengeance féroce. Je ne vois aucune once d'humanité reflétée dans la séquence des actes menant à la mort d'un taureau. Vertus exemplaires des corridas ? Que les "aficionados" m'en nomment une seule !

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Jean-Paul Plançon - (17 ans) - témoignage en 2008

Témoignages
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II - Témoignages recueillis par des associations anti-corridas



Comité Radicalement Anti Corrida (CRAC) pour la protection de l’enfance

Eloïse Séguineau (6 ans et demi) - témoignage mis en ligne en juin 2011 :
 . https://www.anticorrida.com/actu/un-temoignage-bouleversant-2/

Fédération des Luttes pour l'Abolition des Corridas (FLAC)

- Sofie (5 ans) - témoignage mis en ligne en août 2014 :
 . http://flac-anticorrida.org/sofie-traumatisee-a-5-ans-dans-larene/

- Marina (7-8 ans) - témoignage mis en ligne en févr. 2014 :
 . http://flac-anticorrida.org/la-barbarie-imposee-a-lenfance/

- Marina Ruiz-Picasso - Pablo Picasso, passionné de tauromachie et icône du monde de la corrida, amenait régulièrement ses petits-enfants aux arènes. Sa petite-fille, qui raconte dans son livre Grand-Père (Denoël, 2001) ce qu'elle dû endurer dans les arènes (pp 97-107), rejoint la FLAC car elle ne veut pas que les enfants vivent ce qu'elle a vécu. Article mis en ligne en déc. 2014 :
 . http://flac-anticorrida.org/marina-ruiz-picasso-rejoint-la-flac/ 

No Corrida

- Lucia Salazar Gomez (6 ans à Quito) - témoignage mis en ligne en nov. 2017 :
 . http://nocorrida.com/2017/11/29/aux-enfants-des-arenes-belmonte/  

- Philippe Perrichon (8 ans à Barcelone) - témoignage mis en ligne en mars 2018 :
 . http://nocorrida.com/2018/03/22/lhomme-jouait-a-torturer-et-mettre-a-mort-un-herbivore/

- Martine Laurens Bompar (12 ans à Barcelone) - témoignage mis en ligne en mars 2018 :
 . http://nocorrida.com/2018/03/18/apres-avoir-vu-une-corrida-enfant-elle-est-toujours-traumatisee-60-ans-plus-tard/ 

- Christelle Caparros (12 ans à Tarragone) - témoignage mis en ligne en oct. 2018 :
 . http://nocorrida.com/2018/10/02/tout-ce-que-je-voyais-netait-quune-boucherie/

III - Témoignages divers sur internet
 

On trouve divers témoignages sur internet, dont il n'est évidemment pas possible de faire le recensement.

Ainsi, à titre d'exemples :

- sur Rue 89 (7 ou 8 ans) - mis en ligne en 2010, à l'occasion du vote du Parlement de Catalogne sur la suppression des corridas :
. https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-nos-vies-connectees/20100729.RUE7753/quand-j-etais-enfant-j-ai-assiste-a-une-corrida.html

- sur un blog (13 ans) - mis en ligne en 2011 :
. http://gualyvo.over-blog.com/article-temoignage-de-l-horreur-de-la-corrida-77297960.html

Notons que parmi les commentaires à cette publication, il y a le commentaire de Marion, emmenée à des corridas par son père jusqu'à l'âge de 13 ans. Elle s'engagera par la suite dans la lutte contre la corrida et tient un compte twitter très actif sur le sujet.

- dans une revue d'étudiants colombiens de 2014, article de Michelina Angelone Gutiérrez (enfant, âge non précisé), "The reality behind the spectacle", p 74 :
http://manglar.uninorte.edu.co/bitstream/handle/10584/5778/9789587416763%20eTinta%20fresca%20III%202013-2014.pdf

- sur le site Vegemag - 4 courts témoignages mis en ligne en 2018 :
. https://www.vegemag.fr/animaux/jai-assiste-corrida-enfant-jen-suis-toujours-autant-traumatisee-3117

- sur Facebook :
  . un vidéo-témoignage de Dominique à l'occasion d'une journée anti-corrida en juin 2022 ;
  . des commentaires, comme celui de Laurent Del Fabbro en oct. 2019, celui de Claire Lia en août 2021, ou celui de Marie-Laure Barby en juin 2022.

- sur Twitter, par exemple ici et  (12 ou 13 ans) en octobre 2022.

Il faudrait prendre le temps d'explorer les réseaux sociaux, où les témoignages ne doivent pas manquer...

 

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