Lettre contre l'inscription de la corrida au patrimoine culturel immatériel

Publié le par PSY

PCI - Bebb
dessin de Bebb
 
Le courrier suivant a été adressé à : 
 
M Christian Hottin
Adjoint au chef du Département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique
Ministère de la culture et de la communication
3 rue de Valois - 75033 Paris Cedex 01
 
M Pascal Liévaux
Chef du Département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique
Ministère de la culture et de la communication
3 rue de Valois - 75033 Paris Cedex 01
 
M Philippe Belaval
Chef de la Direction Générale des Patrimoines
Ministère de la culture et de la communication
3 rue de Valois - 75033 Paris Cedex 01

M le Ministre
Ministère de la culture et de la communication
3 rue de Valois - 75033 Paris Cedex 01
 
M le Premier ministre
Hôtel de Matignon
57, rue de Varenne
75700 Paris
 
M le Président de la République
Palais de l'Elysée
55, rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 Paris
 
Et, avec une rédaction quelque peu différente, à :

Mme Rama Yade
Ambassadrice, Déléguée permanente
Maison de l'UNESCO - Bureau M18.14
1 rue Miollis - 75732 Paris Cedex 15
 
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Dr Jean-Paul Richier                                                                                     M Joël Lequesne
 
 
Coordinateurs du collectif de psychiatres et de psychologues
demandant que les moins de 16 ans n'aient plus accès aux corridas
 
 
 
                                                                      Paris, le 2 mai 2011
 
Monsieur [le...],
 
Le Ministère de la Culture et de la Communication a décidé d'inscrire la corrida à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel français.
 
Cette inscription est censée suivre les critères de la Convention pour la Sauvegarde du Patrimoine Culturel Immatériel adoptée par l'UNESCO en 2003. Il s'agit notamment de protéger les traditions populaires et la diversité culturelle, menacées par la désuétude, le désintérêt, l'uniformisation économique.
Or, cette mesure a été obtenue par L'Union des Villes Taurines Françaises et une association 1901 dénommée Observatoire National des Cultures Taurines, présidée par André Viard, non pas pour protéger la corrida de l'oubli ou la désuétude, mais pour « préserver la culture taurine de toutes les attaques dont elle est l'objet au nom de supposés "droits des animaux" » (cf le communiqué de l'UVTF sur le site d'André Viard le 14 décembre 2009).
 
Le président de l'ONCT confirme cette raison dans l'annonce qu'il fait sur son site de l'inscription, le 22 avril 2011 :
« l'Observatoire décida de voir plus loin et de passer du simple stade de la défense ponctuelle chaque fois que des attaques se présentaient, vers une stratégie de consolidation à long terme, ce qui passait par un ancrage institutionnel au niveau culturel.
Le projet "patrimoine", mené dans la plus grande discrétion pendant deux ans, a été minutieusement préparé »
 
Il s'agit d'un détournement inacceptable de l'esprit de la Convention de 2003. D'autant que la Convention insiste, dans le dernier considérant de son préambule, sur « le rôle inestimable du patrimoine culturel immatériel comme facteur de rapprochement, d’échange et de compréhension entre les êtres humains », et dans le dernier critère de sa définition du PCI (article 2, § 1) sur « l’exigence du respect mutuel entre communautés, groupes et individus ».
 
Nous n'insisterons pas sur la contestation dont fait l'objet la corrida depuis son introduction en France il y a bientôt 160 ans, et les nombreuses batailles médiatiques, administratives, juridiques, et législatives qui s'en sont suivies.
 
Nous ne reviendrons pas sur son statut actuel : interdite par le Code pénal sur plus des neuf-dixièmes du territoire, tolérée par dérogation dans quelques dizaines de communes ; objet d'une PPL demandant l'application du Code pénal sur tout le territoire, signée par plus de 70 députés (et en l'attente des signataires socialistes) ; réprouvée par les trois-quarts des Français selon les enquêtes d'opinion, y compris dans les régions dites taurines ; combattue vigoureusement par diverses organisations, et faisant l'objet de polémiques récurrentes dans les médias.
 
Nous nous contenterons d'ajouter que logiquement, quand bien-même il existe une dérogation territoriale, l'accès des arènes devrait être interdit aux mineurs. En France les mineurs sont protégés des spectacles violents, qu'il s'agisse de la signalétique obligatoire définie par le CSA, de la règlementation sur l'accès des mineurs aux salles de cinéma, de l'article 227-24 du Code pénal punissant tout « message à  caractère violent » lorsqu'il est « susceptible d'être vu ou perçu par un mineur. » Une proposition de loi visant à interdire l'accès aux courses de taureaux aux mineurs de quinze ans a été déposée en septembre 2007 par trois députés, rejoints par d'autres. Et une vingtaine de parlementaires de diverses couleurs ont sous l'actuelle législature posé des questions écrites au Ministère de l'Intérieur ou de la Justice, pour soulever le problème de l'accès aux arènes des moins de 15 ou 16 ans. 
 
C'est ainsi que notre collectif de 75 psychiatres et psychologues attire l'attention sur les répercussions possibles du spectacle de la corrida sur les mineurs, notamment en termes de choc affectif ou d'accoutumance à la violence.
En Amérique latine, ces dernières années, des instances publiques en charge des droits de l'homme, ou des droits des enfants et des adolescents, ont pris position contre l'implication des enfants dans les corridas, que ce soit en tant que spectateurs (comme en Équateur, ou dans l'État de Mérida au Vénézuela) ou en tant qu'acteurs (comme dans les États du Yucatán ou du Chiapas au Mexique).
Dans le domaine encore plus large de l'impact sur les hommes des violences faites aux animaux, en juillet 2010, 275 professionnels et universitaires de plusieurs pays (dont la France) dans les domaines des sciences sociales, humaines, médicales et juridiques ont co-signé une lettre attirant l'attention sur le lien entre les violences envers les animaux et les violences envers les humains (consultable sur notre site).
 
Toutes ces données montrent que la corrida est loin d'être une « pratique culturelle » comme une autre. Elle suscite des débats et alimente des divisions.
 
Par cette inscription, le Ministère de la Culture et de la Communication a incontestablement été à l'encontre de l'esprit de la Convention de 2003. Cette initiative porte tort à de nombreux citoyens, à des organisations, à des élus, et à tous les professionnels soucieux des répercussions sur les hommes des violences faites aux animaux.
Cette inscription doit être supprimée.
 
Doivent être aussi expressément supprimées les fiches d'inventaire de la rubrique Pratiques festives faisant référence aux férias, où si souvent des enfants sont emmenés à des corridas ou des novilladas, qui plus est avec réduction du prix d'entrée voire gratuité :
- Hèstas e Hestaires, Fêtes et Festayres
- Fêtes de Bayonne
- Fêtes de Dax.
 
En vous remerciant de votre attention, nous vous prions de croire, Monsieur [le...], à l'assurance de notre considération distinguée.
 
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