Notes de l'article « Accompagnons nos enfants à la corrida » ?

1 : Je n'ai à titre personnel rien contre les tarins, sympathiques passereaux.
 
: Connu sous le nom de Woody Allen.
 
: Connu sous le nom de Pierre Dac.
 
: Je précise à toutes fins utiles que, tout en étant à titre personnel athéiste militant, j'ai une admiration anthropologique pour la mythologie christique.
 
: On aura compris que je me réfère notamment à mes expériences enfantines personnelles.
 
: Le « sans qu'aucune voix ne s'élève pour protester » montre que R Babeau ne s'intéresse guère à la question. Non seulement des ONG, en France comme ailleurs, sont efficacement dédiées à cette question, mais des ouvrages grand public ayant trait au problème ont été ces dernières années largement commentés dans les médias. Et ces médias consacrent par ailleurs de plus en plus souvent des articles, des dossiers, ou des reportages sur la question.
A telle enseigne que la filière viande se pense obligée d'allumer des contre-feux (cf tout récemment http://www.la-viande.fr/made-in-viande).
 
: Et les uns comme les autres se soutiennent aussi de nombreux arguments sanitaires, écologiques, et sociologiques (la place du paysan).
 
: Pour ce qui est de la production d'armes par la France, la question est pertinente. D'autant que la France n'alimente pas que des démocraties irréprochables politiquement ou géopolitiquement (cf les contrats de Thales et DCNS avec l'Arabie Saoudite : 4 milliards d'euros de missiles, entre 10 et 20 milliards d’euros de frégates et sous-marins, ou le fameux contrat de DCNS avec la Russie : 1,2 milliards d'euros pour 2 porte-hélicoptères Mistral). Mais là aussi, alors que l'État français semble avoir pour unique préoccupation de combler son déficit, quelles actions suggère R Babeau ?
 
: Que les termes « barbares », « assassins », « tortionnaires », « sadiques » soient mal vécus par les aficionados, on peut le comprendre. J'aurais tendance, à titre personnel, à récuser ces termes, mais le problème est un problème lexical. Ces termes sont habituellement utilisés pour désigner celui qui inflige la souffrance ou la mort sans raison à un Homo sapiens (ou le fait de l'infliger : « torture », « supplice », « meurtre », « assassinat »...), mais pas pour désigner le fait d'infliger de la souffrance ou des morts douloureuses à des animaux. Donc quels mots utiliser ?...
 
10 : Cette dernière expression ayant été détournée de son champ premier, c'est-à-dire l'emprise de la logique financière mondialisée (édito d'I. Ramonet en janvier 1995, et indépendamment livre de J.F. Kahn 6 mois plus tard)
 
11 : M Babeau écrit aussi « L'angélisme du politiquement correct venu des États-Unis a montré ses limites : meurtres en séries, homicides multipliés par la vente libre des armes à feux, viols en réunion, meurtres de masse par des adolescents en rupture, violences parentales, incivilités multiples, violence raciale persistante continuent de prospérer là-bas, ici et ailleurs. »
Drôle d'idée de faire des États-Unis le berceau du politiquement correct. Si le terme politically correct a été utilisé à partir des années 1990 par la droite réactionnaire à l'égard de la gauche, le soi-disant « angélisme » des nouveaux points de vue sociétaux est commun à toutes les nations occidentales à partir des années 1970. Certes, certaines remises en causes sociétales importantes ont pris naissance aux Etats-Unis (en pratique la côte Est et la côte Ouest), mais c'est une nation qui s'est construite par la violence (violence à l'égard des peuples indigènes, violence à l'égard de la Couronne britannique, violence de l'esclavage, violence entre le Nord et le Sud…), et dont un des principaux lobbies reste la National Rifle Association. Les États-Unis restent une nation fondamentalement violente par son histoire et par la circulation des armes à feu.
 
12 : Il appelle cela un « combat », un bovin qui charge à répétition un morceau d'étoffe étant bien sûr un « combattant ».
 
13 : Le football et les jeux de ballons mériteraient de par leur popularité une analyse anthropologique à part entière.
Il peuvent en effet être considérés comme des jeux rituels (avec leur cortège de prescriptions et de proscriptions) visant à recycler l'agressivité issue :
- des divers instincts que nous partageons avec les autres animaux : affrontement de mâles, défense de territoire, prédation (poursuite du ballon)....
- du désir mimétique au sens de Girard : le ballon étant l'objet de désir mimétique par excellence : son seul intérêt est qu'il concentre les intérêts de tous ; pour certains, le nom de René Girard évoque d'ailleurs celui du meilleur entraineur de Ligue 1 en mai 2014 ;-)
- du désir du désir de l'autre, au sens que Kojève a popularisé dans son interprétation de Hegel : désir d'être désiré par l'autre. Le footballeur vise ainsi à être reconnu par les spectateurs, mais aussi à notre époque par les femmes.
 
14 : Le torista est l'amateur de corrida privilégiant le toro, par opposition à l'amateur dit torerista, privilégiant le torero.
 
15 : Chiffres des "atteintes volontaires à l'intégrité physique" (violences physiques, violences sexuelles, menaces et chantages) publiés par l'INHESJ/ONDRP (Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales).
 
16 : Classement 2014 de l'Institute for Economics & Peace à partir du Global Peace Index
 
17 : Par exemple il reprend le mythe d'Œdipe, son parricide et son inceste, une des clés de la théorie freudienne, mais en lui donnant un sens tout à fait différent.
Et en revanche il reprend en la cautionnant la thèse de Totem et Tabou, qui pose précisément problème aux freudiens en ceci que Freud s'était inspiré des anciennes théories de l'anthropologie britannique évolutionniste sur la horde primitive, passées depuis aux oubliettes. Pour Girard, Freud a eu le mérite de reconnaître la réalité du meurtre collectif.
 
18 : Il faut dire que les années 70 ont été des années de renouveau et de remise en cause, hélas vite retombées. Rappelons d'ailleurs qu'en 1972, La violence et le sacré était en impression lorsqu'est sorti L'Anti-Œdipe de Deleuze et Guattari.
 
19 : Quelle soit la culture de René Girard, il méconnaît les éléments qui ne vont pas dans le sens de sa théorie. On regrette par exemple qu'il laisse de côté l'histoire asiatique, notamment la place du bouddhisme. Il est pourtant évident que la marche de l'humanité ne peut s'expliquer par un mécanisme unique, même s'il est normal qu'un intellectuel cherche à déterminer les éléments-clés, qu'il s'agisse de Sigmund Freud ou de Charles Darwin, qu'il s'agisse de René Girard ou de Jared Diamond.
Nous parlions tout à l'heure de Deleuze et Guattari. Ce dernier a émis en 1977 un avis sur les nouveaux philosophes (qui ne concernait donc pas Girard, mais qui évoque certaines critiques dont il a pu être l'objet), et évoquait non les « sans dents » mais les « dents creuses » : les nouveaux philosophes « procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires,…». Quand on constate que les deux nouveaux philosophes restés actuellement sur le terrain sont Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann, on ne peut que saluer les vertus prophétiques de Deleuze.
 
20 : Le taureau en tout cas a indubitablement participé à l'avènement de la pensée symbolique, mais d'une autre façon : la première lettre de l'alphabet phénicien, père des alphabets, est symbolisée par une tête de taureau.
 
21 : Pour Aristote, l'art est avant tout imitation, phénomène spécifiquement humain, et permet la catharsis (purification apollinienne des émotions impures). Il s'oppose à Platon, qui reproche à la tragédie d'être d'essence dionysiaque et de flatter le déraisonnable, l'ivresse, le délire.
 
22 : On peut évidemment contre Girard considérer que l'autorité politique n'est pas la trace de la violence fondamentale, mais du contrat social au sens où Hobbes l'a défini, dans le sillage de Grotius, dans le Léviathan (1651) : la contagion d'un renoncement de chaque membre du corps social à la violence, et sa délégation au Pouvoir pour réguler le bellum omnium contra omnes (la guerre de tous contre tous).
 
23 : Et elle ne s'y est pas introduite par l'opération du Saint-Esprit, mais par l'opération de Saint-Esprit en 1853, sans vouloir faire de mot d'esprit.
 
24 : Car pour Girard, le Christ révèle aux hommes l'engrenage de la violence (« Que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre », « Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui l’autre »…), il reste non violent alors qu'en tant que Dieu il pourrait tout maîtriser, il pourrait libérer la patrie israélite de l'occupant romain. Et c'est pour ça qu'il est tué, les hommes prouvant ainsi leur violence en voulant échapper à sa révélation. Il inverse la position sacrificielle : c'est le dieu qui est sacrifié, et non le sacrifice qui crée le dieu. La victime n'est pas coupable, mais innocente. Il annonce un dieu non violent, il révèle le mécanisme victimaire (la méconnaissance de l'innocence de la victime indispensable à l’efficacité de la violence sacrificielle), il propose une réconciliation par une voie non sacrificielle, un ordre à base d'amour et de pardon.
 
25 : La religion chrétienne n'est sûrement pas née du néant. Comme toutes les constructions anthropologiques, elle s'inspire de mythes, de rites et de modèles déontiques existant à l'époque. Mais c'est une construction remarquable, je partage ce point de vue avec René Girard (tout en restant totalement athéiste).
 
26 : L'avènement de la démocratie et des droits de l'homme est-il dû, comme le pense Girard, à un christianisme laïcisé prenant le parti des victimes innocentes ? C'est peu probable : non seulement ça aurait mis en ce cas beaucoup de temps, mais en plus l'Église, porte-parole officielle du christianisme, s'y est opposée jusqu'au bout. En tout cas le christianisme a initié la décomposition de l’ordre sacrificiel, mais sans parvenir à y substituer son message, d'où d'après Girard dans le monde actuel des crises mimétiques à grande échelle, aggravées par le risque des technologies destructrices.
 
27 : En ce qui concerne notre sujet, on ne manquera pas de remarquer que la corrida est née en Andalousie après la Reconquista (la reconquête par les catholiques des terres occupées depuis des siècles par les musulmans) avec la bénédiction de l'Église. La petite culture tauromachique, là où elle existe, est fort intriquée avec la vaste culture catholique. Ce n'est pas par hasard que les fêtes tauromachiques accompagnent les fêtes religieuses catholiques (Pâques, l'Ascension, la Pentecôte, l'Assomption…), ainsi qu'en Espagne les fêtes votives (hommage au saint patron de la municipalité). Des cérémonies religieuses (messes, processions…) sont associées aux corridas (Robert Ménard a eu le bon goût de faire célébrer la messe traditionnelle dans l'arène de Béziers le 15 août 2014), comme aux autres manifestations taurines (tel le très polémique Toro de la Vega à Tordesillas).
Si les courses de taureaux telles qu'elles étaient à l'époque ont été condamnées dès 1567 par le pape Pie V et sa bulle De Salute Gregis dominici, celle ci n'a pas fait long feu.
Et il y a toujours les aumoniers des arènes, les « abbés des toreros », dont Jacques Tessier, présent à ce colloque de la FSTF, est le plus médiatique.
Bref, même si François d'Assise a été bombardé Saint Patron des animaux, il n'en reste pas moins que les taureaux n'ont pas d'âme, donc sont à la disposition de l'homme.
 
28 : De la même manière qu’au Pakistan, l’un des pays musulmans où la Fête du Sacrifice peut pourtant revêtir les aspects les plus spectaculaires, la simple accusation de blasphème peut conduire à l’incarcération et la peine de mort d'êtres humains...?
 
29 : Le recours à un auteur connu qui n'apporte aucun argument sérieux est ironiquement appelé, depuis David Isaacs (encore de l'humour juif ?), « Eminence based medicine », médecine basée sur l'éminence (ici médiatique), en alternative à l'« Evidence based medicine », la médecine basée sur les preuves.