Unicef-France prend acte de la position du Comité des droits de l'enfant

Publié le par PSY

Unicef-France déclare officiellement sur son site se faire l'écho de la préoccupation du Comité des droits de l'enfant de l'ONU quant à l’exposition des enfants aux spectacles de tauromachie.
Cependant, il convient de se montrer très attentif aux répercussions effectives de cette position de principe au niveau des collectivités territoriales concernées.
La crédibilité d'UNICEF-France, sur ce problème français précis, concret et vérifiable, est en jeu. Ceci pourrait avoir une répercussion sur les dons, qui ont constitué les 2/3 de ses ressources en 2015.
 
Il y a dix jours, le 19 juillet, la députée Laurence Abeille a déposé deux "questions écrites (QE) au gouvernement" ayant trait aux écoles de corrida.
L'une est axée sur le problème des mineurs, l'autre sur le sort des bêtes.
Le gouvernement est censé répondre dans un délai de deux mois, mais les questions peuvent rester sans réponse. Ainsi, la QE de Mme Abeille publiée en septembre 2015 sur l'accès des mineurs aux corridas est toujours en attente de réponse, alors même que le Comité des droits de l'enfant de l'ONU a fait part de ses préoccupations sur le sujet dans ses conclusions concernant la France en janvier 2016.
 
 
Le rôle d'Unicef-France
 

Les conclusions du Comité des droits de l'enfant sur l'accès des mineurs aux corridas invitent explicitement le gouvernement français à prendre ses responsabilités.
Et elles invitent implicitement l'organisme représentant l'Unicef en France, à savoir l'association Unicef-France, à prendre les siennes. Citons les missions d'Unicef-France telles qu'énoncées sur son propre site :
« L’UNICEF France incarne le mandat de l’UNICEF sur le territoire français, notamment au travers de son plaidoyer institutionnel. Le but du plaidoyer à l’UNICEF France est simple et essentiel : que les droits de l’enfant soient à l’agenda des décideurs publics !
L’action du plaidoyer consiste donc à agir en faveur des droits de l’enfant dans notre pays et à influencer les pouvoirs publics.
l’UNICEF France joue un rôle central lors de l’audition de la France par le Comité des Droits de l’enfant des Nations Unies qui a lieu tous les 5 ans. Cette étape vise à vérifier que les droits de l’enfant en France sont bien respectés ! »

 

 
Corridas et mineurs : la nécessité d'un aggiornamento d'Unicef France
 
Depuis au moins 2004, la commission "protection de la jeunesse" de la FLAC (Fédération des luttes pour l'abolition de la corrida) avait sollicité Unicef-France sur la question, se heurtant soit à un fin de non recevoir, soit à une absence pure et simple de réponse.
Le collectif PROTEC a depuis 2009 sollicité à son tour à plusieurs reprises Unicef-France sur la question des corridas, par exemple en 2014, mais sans plus de réponse.
 
Le 14 juin dernier, suite à la prise de position du Comité des droits de l'enfant début 2016, les coordinateurs du collectif PROTEC ont enfin obtenu un entretien avec Unicef-France. J Lequesne, JM Cahn et JP Richier ont rencontré Sébastien Lyon, directeur général d'Unicef-France, et Ariane-Matthieue Nougoua, chargée de projets d'Unicef-France auprès des collectivités territoriales. Nous étions en compagnie du professeur Hubert Montagner, dont on connaît l'implication dans les questions de l'enfance, et de Laurent Bodin qui représentait l'Alliance Anticorrida, organisation particulièrement concernée par le prosélytisme taurin envers les mineurs de par son siège à Nîmes.
Nous avons entre autres fait part de notre perplexité face au renouvellement le 22 février 2016 du label "Ville amie des enfants" à la ville de Nîmes, alors même que la recommandation du Comité des droits de l'enfant avait été émise fin janvier.
En effet :
- la ville de Nîmes accueille et subventionne deux des cinq écoles de corrida françaises,
- elle venait juste, en janvier, de cautionner une action de prosélytisme consistant à faire venir des écoliers à une exposition tauromachique.
Rappelons également qu'Unicef-France a tenu pendant des années un stand à la Féria des Enfants de Nîmes (rebaptisée depuis 2015 Féria des Pitchounes), manifestation qui, sous couvert de motifs écologiques et ludiques, accompagne en mai la Féria de la Pentecôte de cette ville, où jusqu'à 66 taureaux étaient suppliciés.
Le mundillo, le petit monde de la corrida, se prévalait bien entendu de ce soutien implicite. On pouvait par exemple lire ceci en 2009 sur le site d'André Viard, président-fondateur de l'Observatoire national des cultures taurines (ONCT), association dédiée depuis 2008 au lobbying tauromachique :
Unicef-France avait publié un communiqué le 19/11/2010 pour se justifier suite aux nombreuses réactions consécutives à la diffusion de cette information le 7/11/2010, et a renoncé à ce stand à partir de 2011.
 
 
L'accès des mineurs aux corridas
 
Sébastien Lyon nous a affirmé qu'Unicef-France reprenait à son compte la recommandation du Comité des droits de l'enfant.
Le président d'Unicef-France, Jean-Marie Dru, avait en ce sens fait part de sa préoccupation dans une lettre du 13 mai à Jean-Paul Fournier, le maire de Nîmes. Cette lettre faisait suite à de nombreux courriers à l'appel de l'Alliance Anticorrida sur l'invitation d'enfants à des spectacles de corridas ou à l'exposition "Tauromachies universelles".
Et depuis le 23 juin 2016, Unicef-France a pris acte des conclusions du Comité des droits de l'enfant, et affiche officiellement sur son site la position suivante :
Il est en tout cas  impératif de surveiller de très près la suite des événements, afin de mesurer concrètement l'implication d'Unicef-France, et donc sa crédibilité. A ce jour, nous n'avons toujours pas connaissance d'une réponse de Jean-Paul Fournier au courrier de Jean-Marie Dru…
 
 
Les écoles de corrida
 
Il existe en France des associations dénommées "écoles", qui entraînent les mineurs à partir de 8 ou 10 ans en vue de devenir des toreros : deux à Nîmes, une à Arles, une à Béziers et une à Cauna (Landes).
Sébastien Lyon nous a dit ne pas savoir ce qui se passe dans le cadre de ces "écoles", et attendre que nous lui apportions des précisions.
Pourtant, avant même le collectif PROTEC, la commission "protection de la jeunesse" de la FLAC, avec nos amis Joël Lunel et Jean Poignet, avait attiré depuis au moins une douzaine d'années l'attention d'Unicef-France sur ces associations.
Et en 2004, le président d'Unicef-France lui avait répondu :
« En ce qui concerne spécifiquement votre question sur l'École de tauromachie, je ne peux aujourd'hui que vous répondre en m'appuyant sur la Convention des Droits de l'Enfant qui appelle à un respect des cultures et des choix éducatifs des parents. »
Donc Unicef-France semblait connaître le fonctionnement des écoles de corrida quand il s'agissait de les cautionner au prétexte de la culture et de la responsablité parentale, mais demande soudainement à être plus amplement informé dès lors qu'il pourrait s'agir de se prononcer à leur encontre…
 
Cependant, afin d'apporter à Unicef-France les précisions qu'il souhaite, nous avons adressé ce 29 juillet 2016 le courrier suivant aux écoles françaises de corrida :
 
 
 
Madame/Monsieur,
Votre association accueille des mineurs pour les entraîner à la pratique de la corrida.
Dans le sillage de la recommandation du Comité des droits de l'enfant de l'ONU faite à la France le 29 janvier 2016 à propos des corridas, nous nous sommes entretenus le 14 juin 2016 avec le directeur d'Unicef-France, Sébastien Lyon. Il nous a demandé de fournir à Unicef-France des précisions sur le fonctionnement des écoles de corrida françaises.
C'est pourquoi, dans un souci de transparence et d'exactitude, nous avons choisi de nous adresser directement à vous.
Dans votre association, à partir de quel âge les élèves peuvent-ils s'entraîner à planter des banderilles dans de jeunes bovins, et à partir de quel âge peuvent-ils s'entraîner à les tuer à l'épée ? Des aficionados nous ont dit que ceci dépendait des capacités de l'élève, et que les actions des élèves pouvaient avoir lieu aussi bien en Espagne qu'en France. Nous vous demandons donc ici les âges minimaux dans le cadre de votre association.
Vous mettez en avant, parmi les principes à l'intention des becerristas et des novilleros, le courage et la loyauté du torero face à son « adversaire ». Il vous appartient ici de donner l'exemple du courage et de la loyauté en répondant avec franchise à ces questions.
En l'attente de votre retour, veuillez agréer, Madame/Monsieur, l'expression de nos salutations distinguées.

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sdn 31/07/2016 20:40

« Le respect des cultures et des choix éducatifs des parents » n' est malheureusement pas garant de l’éthique qu’on est en droit d’ attendre envers les animaux.
C'est pour cela qu' il faut des lois , qu' elles soient les plus justes possible et appliquées .
Vivement l’ abrogation de l' alinea 7 !

jo 31/07/2016 15:27

Bravo du chemin parcouru aux représentants du PROTEC .
Chers mâles amis communicants du PROTEC, où sont les femmes? Rappel: les psychologues sont majoritairement de la gente feminine.
Ceci dit, puisque l'efficacité est là, tout va. ;)

gente dame 04/08/2016 19:39

la GENT féminine et la GENTE dame ;-)